La procédure de conciliation en Suisse
La procédure amiable est un instrument de droit international qui permet d'éviter ou d'éliminer la double imposition internationale. Elle régit la concertation entre les autorités fiscales de deux États, la personne concernée n'ayant pas qualité de partie au cours des négociations. Cet article explique comment la procédure est ancrée dans la législation suisse, comment elle est engagée, menée et mise en œuvre, quels délais doivent être respectés et quels coûts (intérêts compris) il faut prévoir.
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L'essentiel en bref
La procédure amiableest une procédure internationale visant à régler les litiges fiscaux transfrontaliers sur la base des conventions de double imposition (CDI). Elle permet aux autorités compétentes des États concernés de clarifier les divergences dans l'application des CDI et d'éviter ou de corriger les cas de double imposition contraires aux dispositions des conventions. L'initiative revient généralement à la personne concernée : celle-ci dépose une demande auprès du Secrétariat d'État aux questions financières internationales (SFI) et fournit les informations nécessaires. Les négociations proprement dites se déroulent exclusivement entre les autorités compétentes des États concernés. La personne concernée est informée de l'état d'avancement et du résultat, mais ne peut pas participer aux discussions. L'accord est consigné dans un protocole d'accord, dont la mise en œuvre en Suisse est assurée par l'autorité fiscale compétente (c'est-à-dire, pour l'impôt sur le bénéfice, l'administration fiscale cantonale compétente). La personne concernée doit approuver cet accord. L'objectif de la procédure est d'assurer la sécurité juridique et de garantir une imposition conforme aux CDI applicables.
Les termes clés en un coup d'œil
- Convention fiscale (convention de double imposition) : elle détermine quel État est habilité à imposer quels revenus ou quelle fortune.
- SIF (Secrétariat d'État aux questions financières internationales) : autorité compétente en matière de procédures amiables en Suisse.
- StADG : loi suisse relative à la mise en œuvre des accords fiscaux internationaux.
- Modèle de convention de l'OCDE : modèle international de convention fiscale.
Voici les bases juridiques
Lefondement juridique de la procédure amiable se trouve dans les conventions fiscales respectives. Les dispositions correspondantes s'inspirent généralement de l'article 25 du Modèle de convention fiscale de l'OCDE. Celui-ci stipule que les autorités compétentes des États contractants peuvent se concerter lorsqu'une imposition incompatible avec la convention a eu lieu ou risque d'avoir lieu.
Les conventions fiscales constituent le cadre de droit international ; leur mise en œuvre en Suisse est régie par la loi fédérale sur l'application des accords internationaux en matière fiscale (LIAF). Celle-ci contient notamment des dispositions relatives à l'ouverture de la procédure, aux obligations de coopération du requérant ainsi qu'à la conclusion et à la mise en œuvre au niveau national des accords amiables. L'autorité compétente pour les procédures amiables en Suisse est le SIF. Cela permet de créer délibérément une séparation institutionnelle entre la taxation fiscale (cantons/AFC) et le règlement des différends internationaux.
Voici comment engager la procédure de conciliation
Une procédureamiable est engagée à la demande d'une personne concernée qui estime qu'une imposition existante ou imminente n'est pas compatible avec la convention fiscale applicable.
La demande doit être déposée auprès de l'autorité compétente de l'État de résidence de la personne concernée. Pour les personnes résidant en Suisse, il s'agit du SIF. La demande doit être présentée par écrit (sur papier ou par voie électronique) dans une langue officielle de la Suisse ou en anglais et doit notamment contenir l'exposé des faits, les conclusions concrètes, la motivation ainsi que les documents pertinents. Le SIF met à disposition un formulaire et une notice à cet effet.
Avant la procédure interétatique proprement dite, le SIF vérifie, dans le cadre de la procédure préliminaire, si les conditions formelles sont remplies. Il examine notamment s’il existe une convention fiscale applicable et s’il y a double imposition contraire à la convention ou si une telle double imposition risque de se produire. De nombreuses conventions prévoient qu’un cas doit être soulevé dans un délai déterminé (souvent trois ans) à compter de la première notification de la mesure. La disposition concrète de la convention fait foi dans chaque cas. En droit suisse, il s’applique en outre qu’une demande doit en principe être déposée dans un délai de dix ans à compter de la notification de la décision des autorités fiscales concernées ou de l’échéance de l’impôt.
Le requérant est soumis à une obligation de coopération étendue dans le cadre de la procédure préliminaire. Il doit exposer les faits de manière exhaustive et fournir toutes les informations et tous les documents nécessaires à la procédure. Si les conditions formelles ne sont pas remplies ou si l'obligation de coopération n'est pas respectée, le SIF a la possibilité de ne pas entrer en matière sur la demande. Le requérant, qui a qualité de partie à ce stade, peut contester une telle décision de non-entrée en matière devant le Tribunal administratif fédéral.
Voici comment se déroule la procédure
Siles conditions sontremplies, le SIF engage la procédure d'accord amiable proprement dite. Celle-ci se déroule exclusivement entre les autorités compétentes des États concernés. Le contribuable et l'administration fiscale chargée de l'imposition ne sont pas parties à la procédure et ne disposent d'aucun droit de regard. Les autorités sont tenues de s'efforcer de parvenir à un accord amiable, mais elles ne sont pas tenues de parvenir à un accord.
La personne concernée est informée par le SIF de la réception de la demande et de l'avancement de la procédure et peut, si nécessaire, être sollicitée pour fournir des informations complémentaires. Elle n'a toutefois pas accès au dossier.
La procédure aboutit généralement à un accord amiable entre le SIF et l'autorité compétente de l'autre État. Cet accord définit la manière dont le cas doit être traité afin d'éviter ou d'éliminer la double imposition. Le SIF informe la personne concernée du résultat. L'accord amiable lui-même n'est pas susceptible de recours. S'il est mis en œuvre en Suisse, il ne devient contraignant qu'avec le consentement de la personne concernée. En donnant son consentement, le requérant renonce généralement à tout recours et les procédures éventuellement en cours doivent être retirées.
Voici comment l'accord sera mis en œuvre
Sur notification du SIF, l'autorité fiscale compétente met en œuvre l'accord amiable. Si la période fiscale concernée n'a pas encore fait l'objet d'une taxation définitive, l'accord amiable est pris en compte directement dans la procédure en cours. Dans le cas contraire, la mise en œuvre s'effectue généralement par le biais d'une nouvelle décision de taxation ou d'une décision dite de révision ou de mise en œuvre, qui remplace la taxation initiale à cet égard. Les mêmes voies de recours que celles disponibles contre la taxation initiale peuvent être exercées contre une telle décision de mise en œuvre. L'objet de l'examen porte toutefois uniquement sur la mise en œuvre correcte de l'accord amiable, et non sur son contenu.
Ce qui est possible dans les cas évidents, même sans procédure
Outre la procédure d'accord amiable entre États, le SIF dispose également de la possibilité d'un accord interne. Dans des cas bien définis, le SIF et l'autorité fiscale compétente peuvent éliminer unilatéralement la double imposition en ajustant l'imposition en Suisse, sans avoir recours à une procédure entre États. Une telle solution présuppose également une demande de la personne concernée et nécessite son consentement, mais elle n’est envisageable que dans des situations sans ambiguïté. Par conséquent, ce recours est plutôt rarement utilisé dans la pratique.
Délais, intérêts et frais
La mise en œuvre d'un accord amiable est toujours subordonnée à la conditionque la demande ait été déposée dans les délais, conformément à la convention fiscale applicable et à la loi sur la procédure fiscale (StADG). Si la charge fiscale de la personne concernée est réduite par la suite, les impôts payés en trop lui sont remboursés. La question de savoir si des intérêts de remboursement sont dus et dans quelle mesure dépend des dispositions nationales applicables et peut être limitée si la personne concernée a contribué à l'imposition contraire à la convention par un comportement intentionnel ou par négligence.
La procédure amiable menée par le SIF est gratuite pour la personne concernée. Celle-ci prend toutefois en charge ses propres frais de conseil et de représentation juridique. Dans certaines circonstances, une partie des frais liés à la mise en œuvre de la procédure peut lui être imputée, notamment si la procédure amiable aurait pu être évitée si elle avait agi avec diligence.
Conclusion
La procédure amiableconstitue un outil essentiel pour résoudre les conflits fiscaux internationaux. Elle permet aux autorités compétentes de différents États de régler par le dialogue les divergences dans l'application des conventions fiscales et de garantir une imposition conforme à ces conventions.
C'est précisément dans les situations transfrontalières complexes que cette procédure offre un moyen important d'éliminer la double imposition internationale et d'assurer la sécurité juridique. Il convient toutefois de garder à l'esprit que cette procédure revêt avant tout un caractère interétatique et que la personne concernée n'y participe pas pendant les négociations proprement dites.
Une procédure amiable est une procédure internationale visant à régler les litiges fiscaux transfrontaliers. Elle permet d'éviter la double imposition internationale contraire à la convention grâce à un accord entre les autorités compétentes des États concernés.
En Suisse, toute personne concernée peut déposer une demande auprès du Secrétariat d'État aux questions financières internationales (SFI) si elle estime qu'une imposition n'est pas compatible avec une convention de double imposition (CDI).
Le SIF vérifie d'abord que les conditions formelles sont remplies, puis engage la procédure entre les États concernés. La personne concernée en est informée, mais ne peut pas participer aux négociations. L'accord conclu est consigné dans un accord amiable et mis en œuvre en Suisse par l'autorité fiscale compétente.