1.4.2020

Discussion fiscale de l'OCDE #13 - 9 octobre 2019

Le 9 octobre 2019, Pascal Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d'administration fiscales, Richard Collier, division des conventions fiscales, des prix de transfert et des transactions financières, Achim Pross, chef de la coopération internationale, Sophie Chatel, chef de l'unité des conventions fiscales et Asa Johansson, chef de la division de la surveillance des politiques structurelles, département économique, ont lancé le 13e Tax Talk.

Pour la première fois, dit M. Saint-Amans, l'OCDE opère avec des propositions concrètes, mais non consensuelles, pour l'évaluation des taxes dans le cadre de la numérisation de l'économie. Saint-Amans espère que ces propositions contribueront à faire un pas vers un droit fiscal contemporain.

Contexte : Le projet BEPS

Pascal Saint-Amans a d'abord évoqué lui-même le contexte du projet BEPS. Le site BEPS a été créé en 2012/2013, et l'OCDE a présenté 15 points d'action à la fin de 2015. L'un de ces points concernait l'aspect de l'économie numérique nommé dans le rapport Action 1 et pertinent dans le Tax Talk d'aujourd'hui. Cependant, une solution contraignante concernant la taxation des entreprises numériques n'a pas été trouvée à ce jour. Les États qui ont ouvert la voie à des mesures unilatérales sont déçus. Par conséquent, un rapport intermédiaire a été préparé par l'OCDE en février 2017 et publié en mars 2018 (" OEDC Tax Talk #9 - BEPS"). Elle a montré de manière fondamentale que de nombreux pays ont reconnu le projet BEPS et la nécessité d'une coopération entre les pays.

État actuel du projet

En raison des défis restants de la numérisation de l'économie et du mécontentement de certains États face au transfert fiscal des bénéfices qui en découle, les règles fiscales internationales actuelles ne sont toujours pas coordonnées entre les États. Cette insatisfaction n'est pas propice à la sécurité fiscale et à l'environnement d'investissement. Trois propositions concrètes ont été faites dans le passé concernant la réaffectation des droits d'imposition ("OECD Tax Talk #11 - BEPS").

Proposition du Secrétariat de l'OCDE

Avec le Tax Talk d'aujourd'hui, l'OCDE a publié une proposition concrète pour résoudre les problèmes fiscaux liés à la numérisation de l'économie. Bien que l'approche de l'OCDE avec la proposition du Secrétariat soit inhabituelle, Pascal Saint-Amans a souligné l'importance de la même démarche afin de permettre un progrès commun et coordonné. En même temps, il a déclaré que cette proposition n'avait pas d'effet contraignant pour les États membres. Concrètement, la proposition du Secrétariat est structurée comme suit :

La proposition est divisée en deux piliers. La première comprend l'"approche unifiée", qui vise à modifier l'imposition des bénéfices des entreprises de sorte qu'à l'avenir, les bénéfices ne soient plus imposés au lieu de présence/siège social mais au lieu du marché et des consommateurs.

Le deuxième pilier règle la question de savoir quelles entreprises doivent/peuvent être imposées selon les dispositions du premier pilier.  

Premier pilier

La parole est donnée à Richard Collier pour présenter le premier pilier. Selon M. Collier, la proposition du Secrétariat de l'OCDE vise à unifier les trois propositions avancées par les Etats ("OECD Tax Talk #11 - BEPS") et à mettre en évidence les caractéristiques communes. L'objectif principal est de parvenir à une réallocation des bénéfices des entreprises vers le marché et les consommateurs des juridictions respectives. L'approche commune est la suivante :

La coexistence du principe de pleine concurrence (ALP) et de la nouvelle proposition d'"approche unifiée" de l'OCDE nécessite une infrastructure repensée. Cela signifie à la fois la suppression du lieu d'imposition du bénéfice résiduel contenu dans l'ALP et la mise en place d'un nouveau droit d'imposition.

Sur la question de la portée de la nouvelle réglementation, Richard Collier a donné la parole à Sophie Chatel. Le nouveau règlement s'adresse principalement aux entreprises multinationales (EMN). Il s'agit notamment de ceux qui ont un chiffre d'affaires mondial important et des modèles d'entreprise fortement numérisés, car ils ont de nombreuses interactions avec les consommateurs et les utilisateurs du marché dans une juridiction donnée. En outre, une application aux activités B2B et aux modèles non numérisés pourrait également être envisagée. Sophie Chatel, quant à elle, insiste sur la nécessité de déterminer soigneusement et individuellement l'impact que la nouvelle répartition des bénéfices pourrait avoir sur les différentes industries.

La règle du lien, en tant que partie essentielle de l'approche unifiée, concerne la question de savoir comment les entreprises couvertes par le champ d'application interagissent avec la juridiction du marché respectif. Ces nouvelles dispositions (règles de nexus) ne visent pas la présence physique traditionnelle d'une société dans une juridiction particulière, mais examinent plutôt les interactions respectives d'une telle société multinationale avec le marché correspondant. Ce qui est requis, c'est une influence significative sur l'économie, par exemple en dépassant un seuil de chiffre d'affaires. En plus de ce seuil de chiffre d'affaires, selon Sophie Chatel, un délai peut également devoir être pris en compte. À cet égard, les sociétés multinationales pourraient tomber dans le champ d'application si elles sont actives sur le marché respectif depuis plus d'un an. Toutefois, M. Chatel souligne explicitement les efforts de l'OCDE pour ne pas interférer avec les accords bilatéraux existants, d'autant plus que l'OCDE ne veut mettre en œuvre qu'une évaluation globale.

Concernant la question de savoir quelle part du bénéfice correspondant peut désormais être taxée dans l'état du marché, Sophie Chatel passe à nouveau la parole à Richard Collier. Il souligne les trois éléments essentiels de l'"approche unifiée". L'option A contient le nouveau droit d'imposition, l'option B l'amélioration de l'ALP et l'option C la prévention et le règlement des litiges. En particulier, Richard Collier se concentre sur l'option A avec l'introduction d'un nouveau droit d'imposition.

Il souligne deux points en particulier pour l'option A : premièrement, il n'y aura pas d'interactions avec les questions de prix de transfert de l'entreprise ; deuxièmement, un accord sur les seuils définitifs, par exemple le seuil de chiffre d'affaires, est actuellement en attente. Enfin, l'option B vise à améliorer le système de prix de transfert existant dans le cadre de l'ALP, tandis que l'option C se concentre sur la prévention et la résolution des litiges.

Deuxième pilier

Achim Pross a ensuite introduit le deuxième pilier de la proposition du Secrétariat par ses mots. Pour résumer, Achim Pross a rappelé la différence entre le pilier 1 et le pilier 2 : le pilier 1 traite de la question de savoir où se situe le droit d'imposition, tandis que le pilier 2 règle la question de savoir quelles entreprises sont concernées par la nouvelle réglementation. Il est important de souligner le caractère général du deuxième pilier qui, contrairement au premier pilier, n'est pas conçu exclusivement pour l'économie numérisée, mais envisage les transferts de bénéfices dans leur ensemble. Ce qui est certain à propos du deuxième pilier, c'est que les entreprises actives au niveau international doivent être imposées sur les revenus générés dans le monde entier pour un certain niveau minimum. Dans le même temps, les préoccupations existantes BEPS doivent également être poursuivies. A cet égard, Achim Pross mentionne le fait qu'il existe actuellement un certain malaise parmi les Etats en ce qui concerne le point d'action 3 - la réglementation sur les CFC. Il se réfère également à un bref aperçu de la proposition GloBE, qui vise à réaliser des dispositions de verrouillage en tant que système uniforme afin de pouvoir atteindre un niveau minimum d'imposition.

L'impact économique de la nouvelle réglementation

Le nouveau membre des Entretiens fiscaux, Asa Johansson, a déclaré dès le début que le travail est un processus continu. L'OCDE n'a donc fait que des hypothèses pour le moment. La combinaison du premier pilier, le lieu d'imposition, et du deuxième pilier, les sujets d'imposition, devrait entraîner une augmentation massive des recettes fiscales mondiales. Les raisons de cette augmentation sont les aspects suivants présentés dans la diapositive. Dans le même temps, Asa Johansson tempère la crainte que la combinaison des deux piliers n'affecte négativement l'environnement d'investissement pour les entreprises. Cela s'explique par le fait que les effets sur les taux d'imposition sont modestes. Il y aurait une réduction de la répartition de l'impôt sur les bénéfices entre les juridictions et, par conséquent, des efforts des multinationales pour déplacer leurs bénéfices.

Enfin, Pascal Saint-Amans a de nouveau évoqué les prochaines étapes à franchir. En attendant, il est important pour toutes les parties prenantes qu'un dialogue fructueux puisse avoir lieu, également dans le cadre des consultations publiques sur la proposition du Secrétariat de l'OCDE. L'OCDE a lancé la première consultation publique sur le premier pilier le jour même des Entretiens fiscaux. La deuxième consultation sur le deuxième pilier a eu lieu en novembre/décembre 2019 et une réunion complète des États enfin en janvier 2020.

Il est important de reconnaître, a dit Pascal Saint-Amans, que la proposition du Secrétariat de l'OCDE contient des éléments qui peuvent servir les différentes positions conflictuelles des Etats pour un accord. Il a conclu en invitant toutes les parties intéressées à donner des avis et des contributions et à poser des questions jusqu'à la fin du mois de janvier 2020.

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Auteurs
:
Viktor Bucher
Tags :
BEPS
Droit fiscal international